Stéphane Derenoncourt

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Consultant vinicole

 

« attention à l’effet pervers du bio ! »

 

stephane derenoncourtQue représente pour vous aujourd’hui le phénomène du
bio ?
Stéphane Derenoncourt : le devoir de tout viticulteur est de travailler proprement, les sols et la terre.
La terre, on l’emprunte, le but est de la transmettre à nos enfants. Je pratique la culture biologique depuis 1985, j’ai commencé avec François Bouchet. L’époque était très différente, le bio était une vraie philosophie, pas une mode ni un phénomène marketing.
J’ai toujours essayé de promouvoir la culture biologique comme un moyen de faire de beaux raisins, et non de correspondre à des exigences commerciales. De nombreux domaines que je conseille en France, dans le Sud, comme à l’étranger sont en culture biologique. A Bordeaux, c’est plus difficile de faire du bio en raison des conditions climatiques (les influences océaniques,les sols…), les vignerons veulent se garder la gâchette pour pouvoir traiter si nécessaire, surtout contre le botrytis qui est un véritable fléau.
Parmi les domaines que vous conseillez, beaucoup ne revendiquent pas la certification. Votre domaine lui même – le domaine de l’A, Côtes de Castillon – n’est pas certifié.
Stéphane Derenoncourt : je ne revendique aucune certification, je cultive mon domaine en bio depuis le départ mais je ne veux pas de certification. Le label ne signifie pas grand chose. Le côté commercial prime souvent.
J’aimerais raconter une histoire, celle d’un vigneron de l’appellation. Ce viticulteur travaillait à l’ancienne et vendait difficilement 8 à 900 € le tonneau son vin, une rémunération de survie. Il est venu me voir pour passer en bio. Je l’ai conseillé. Il n’a pas changé de viticulture, il vend son tonneau 1800 €, ses vins sont aussi mauvais qu’avant mais avec le label bio. Ça me dérange parce que ce n’est pas parce qu’on est en bio que le vin est bon, il y a de très bons vins qui ne sont pas en bio.
Le tout bio contre le tout chimique ne vous semble pas être LA solution ?
Stéphane Derenoncourt : je n’aime pas ce clivage. Entre le tout bio et le tout chimique il y a une vaste fourchette.
D’ailleurs le tout chimique iolent n’existe pratiquement plus. Le bio est un engagement à ne pas utiliser des molécules de synthèse, mais certains domaines en bio utilisent la bouillie bordelaise qui contient du cuivre, un métal lourd, – qui est autorisé certes – mais le cuivre à haute dose est nocif pour les sols peu structurés et parfois pire que les désherbants chimiques.
Mais la pression pour le bio a un sens, elle vient du consommateur qui voit en lui une valeur refuge, une valeur sure pour préserver la nature, l’environnement, la santé. Mais en même temps, le bio induit une idée perverse, celle que les gens qui travaillent en chimie vont produire de mauvais vins. Et ce n’est pas vrai.
Mon métier est de faire du vin, le plus naturellement du monde. Je suis un consultant en viticulture et en œnologie, il n’y a pas d’un côté le raisin et de l’autre le vin. Mon travail est de ramener celui qui travaille à la vigne au chai et celui qui travaille au chai à la vigne, de les faire travailler ensemble. Du bourgeon au bouchon.
Que pensez-vous de la Biodynamie ?
Stéphane Derenoncourt : la biodynamie est un mode de viticulture plus pointu, qui repose sur les textes de Steiner, son fameux cours aux agriculteurs de 1924. Il y a là quelque chose de passionnant, spirituel aussi.
C’est François Bouchet qui a initié le mouvement en 1956, en France, créé le premier domaine en biodynamie et converti plus d’un vigneron. Aujourd’hui on assiste à une guerre des gourous. Mais les fondamentaux sont excellents, les préparations sont fabuleuses, et ça fonctionne.
Qu’est-ce qu’un grand vin pour vous ?
Stéphane Derenoncourt : un grand vin est un vin qui reflète un lieu, un terroir, j’aime imaginer quand je le déguste sur quel type de sol il s’est développé. Un grand vin c’est l’ambassadeur d’un lieu. S’il acquiert ce statut, il est inimitable.
Je bois des grands vins tous les jours. Si on a la prétention de faire des grands vins, c’est quasiment une nécessité.
Parmi mes derniers grands souvenirs il y a La Mondotte 2002, un Saint-Emilion du Vignoble Von Neipperg, une expression magnifique de fleurs et de fruits traduisant de façon très fine son terroir calcaire.
J’ai redécouvert un Figeac 1971, sublissime. Et j’ai dégusté un Cros Parentoux 2006, un Vosne-Romanée de Emmanuel Rouget – le successeur de Henri Jayer -. Une merveille de finesse. De la dentelle.

 

Parcours

1963 : naissance à Dunkerque
1982 : Stéphane Derenoncourt arrive dans le Bordelais et s’initie à la viticulture.
Pendant 12 ans il enchaîne les missions dans différentes propriétés
1990 : entre au Château Pavie-Macquin (Saint-Emilion) puis dans les propriétés de Stefan Von Neipperg – toujours sur Saint-Emilion-
1999 : crée sa société de conseil Vignerons Consultants et acquiert avec son épouse Christine, le Domaine de l’A (Côtes-de-Castillon) qui devient un laboratoire d’essai en viticulture et vinification.


Derenoncourt consultants

Créée en 1999 la société Vignerons consultants devient en 2009 Derenoncourt Consultants. Dirigée désormais par une équipe de 4 associés, la société emploie 12 personnes et conseille 90 domaines, en France et dans le monde, « à partir d’une méthodologie originale, basée sur l’observation et le bon sens viticole afin de révéler l’expression individuelle des sols ».

 

 

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