Thomas Duroux

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Château Palmer, troisième grand cru classé de margaux est passé en biodynamie. Directeur général du domaine, Thomas Duroux, explique son engagement et sa philosophie.

 

«Ne plus exploiter Palmer, mais le vivre»

 

Thomas-Duroux-Chateau-Palmer
Pourquoi avoir choisi de passer Château Palmer en biodynamie ?  Comment s’est opéré ce changement ?
Thomas Duroux : Fin 2007 nous avons pensé avec Sabrina Pernet, qui me seconde, qu’il fallait éviter tous les produits de traitement de la pétrochimie, et au-delà, comprendre les tenants et les aboutissements d’une agriculture alternative.
Nous nous sommes lancés dans une expérimentation, la mise en œuvre de certains principes de Rudolf Steiner, ceux que nous comprenions.  Nous hésitions entre la culture biologique et la culture biodynamique. Mais qui peut le plus peut le moins, et nous avons décidé de passer 1 ha en biodynamie. Puis 3 ha en 2009, en lisant et relisant le Cours aux Agriculteurs de Rudolf Steiner, nous être entourés des conseils de Matthieu Bouchet, le fils de François Bouchet, avoir rencontré Paul Barre (Château La Grave), Alain Moueix (Château Fonroque) et Jean-Michel Florin (Mouvement de l’Agriculture Biodynamique).
Petit à petit nous nous sommes mis à vivre la biodynamie d’une manière différente. En 2010 nous étions convaincus que c’était la bonne direction. Et en août de cette même année, nous avons décidé de convertir les 55 ha de Palmer. Et convaincu les propriétaires du Château que c’était la bonne décision. Qu’il n’y avait là rien de sorcier ou de magique. Il s’agissait juste de quelques grands principes, comme regarder l’endroit où nous nous trouvions de manière différente, considérer que Palmer était un tout une entité, et qu’il ne fallait plus exploiter Palmer mais le vivre. Un retour aux principes anciens.

 

On présente souvent le climat bordelais comme un obstacle à la biodynamie? Avez-vous rencontré des problèmes particuliers quant à la mise en œuvre de ces pratiques, constaté des effets sur les vignes, au niveau des vins ?
Thomas Duroux : Le climat bordelais est un climat atlantique, il pleut beaucoup, et la pression du mildiou plus intense qu’ailleurs. Nous avons acquis très vite la conviction que le passage en biodynamie demandait une longue préparation pour que la vigne retrouve son équilibre. On a donc longuement préparé tout cela. En 2012 nous étions passé à 25 ha et en 2013 33 ha. 2013 a été un millésime très difficile pour le Bordelais. Mais il restera pour nous un millésime clé. Nous avons en effet constaté qu’en étant bien préparé comme nous l’étions, nous n’avons pas eu de perte de récolte.
Dans des conditions difficiles, être en biodynamie peut même aider, à condition que les vignes soient bien préparée et que l’on soit très réactif. Nous avons constaté que dans parcelles que nous avions traitées avec un produit antibotrytis  les raisins avaient eu un décalage de maturité. Le 11 octobre 2013 après la fin des vendanges nous avons passé tout le domaine en biodynamie.
Mais il est trop tôt aujourd’hui de parler des répercussions sur le vin. Il faut du temps pour juger, les résultats. Nous avons vu les effets positifs à la vigne. Il existe des signes encourageants et prometteurs qui témoignent que toutes les conditions sont réunies pour faire de très bons vins.

 

Comment la clientèle de Château Palmer a t elle réagi à ce passage en biodynamie ?   
Thomas Duroux : On n’utilise pas la biodynamie comme vecteur de communication, ce n’est pas un outil marketing, nous n’avons pas l’intention de mettre un label sur l’étiquette.
Nous sommes passés en biodynamie par conviction, parce que nous sommes convaincus qu’il faut préserver le domaine, préserver la santé des gens qui y travaillent et que c’est un moyen d’exprimer la qualité du terroir de Palmer.  Nous sommes entrés dans une démarche de certification en bio parce que c’est une garantie pour le consommateur que le produit est sans pesticide, sans produit chimique. En ce qui concerne la certification biodynamique nous étions plus réservés, car il n’y a pas «une» biodynamie mais «des biodynamies». Mais quand on dit quelque chose il faut pouvoir le prouver. En 2017, nous aurons la double certification, Eocert et Demeter.

 

Le passage en biodynamie aura-t-il une incidence sur le prix des vins du domaine ?
Thomas Duroux : Le passage en biodynamie n’aura pas d’incidence sur le prix de nos vins. Certes, la biodynamie entraine un léger surcoût en termes de coût de main d’œuvre, d’intervention pour traiter, mais de l’autre, elle engendre des économies substantielles sur les achats de produits phytosanitaires. Au total ça s’équilibre.
Et dans la mesure où ce mode de culture n’a pas d’incidence sur les rendements, qui sont déjà peu élevés, autour de 35 hl/ha,  il n’y aura pas de surcoût des vins.

 

Qu’est-ce qu’un grand vin pour vous ? Un ou deux souvenirs récents 
Thomas Duroux : Pour moi, un grand vin est un vin qui exprime la singularité d’un lieu, qui a une identité, une personnalité forte, qu’il s’agisse de vins d’auteur comme de grands vins de terroir.
J’ai été très touché par un Volnay 1er cru Taillepieds du domaine Maquis d’Angerville un vin d’un raffinement et d’une expressivité magnifiques. J’ai aussi été séduit par le Continuum 2011 de Tim Mondavi, le fils de Robert Mondavi, qui  développe un nouveau projet à Pritchard Hill, un vin d’un joli raffinement pas très courant dans la Napa Valley.

 

Parcours

1970 : naissance de Thomas Duroux
Etudes d’ingénieur agronome et d’œnologie, Université de Bordeaux
1994-2004 : met son expérience de vinificateur auprès de grands domaines à Bordeaux et  à travers le monde, Hongrie, Afrique du Sud, Californie et Toscane.
Juillet 2004 : entre comme gérant à Château Palmer

 

Chateau PalmerChâteau Palmer

C’est un général Charles Palmer officier supérieur de l’armée britannique qui donne son nom au domaine qu’il acquiert entre 1816 et 1831. Depuis 1938 ce troisième grand cru classé de Margaux appartient à deux familles bordelaises : les Malher-Besse et  les Sichel. Qui confient les rênes du domaine en 2004 à Thomas Duroux.
Château Palmer s’étend sur 55 ha de graves répartis autour du Château, au cœur de l’appellation Magaux, sur les premières terrasses qui bordent la rivière. L’encépagement est dominé par le merlot qui confère toute sa spécificité aux vins.
Château Palmer produit un second vin : l’Alter Ego de Palmer.
 
 
www.chateau-palmer.com